Contrairement aux apparences, El Diablo n’est pas Italien. Le célèbre énergumène qui court sur les routes du Tour de France en tenue du diable est un ancien Allemand de l’Est (Didi Senft), passionné de vélo. Il fait désormais partie du folklore du Tour. Comment vous est venue cette idée d’El Diablo ?Vous savez, à un kilomètre de l’arrivée, il y a ce qu’on appelle en allemand le chiffon rouge du diable. En français, vous dites : « La flamme rouge » (ndlr : en français dans le texte).
Et comment avez-vous songé à concrétiser cette idée ?Cette idée a plus de 30 ans (rires), ça faisait longtemps que j’y pensais. Mais comme on habitait en Allemagne de l’Est, on ne pouvait pas venir sur le Tour. J’ai enfin pu le faire en 1993. Je suis un vrai féru de vélo. J’ai moi-même couru dans les catégories amateurs.
Comment cela se passe-t-il au quotidien pour votre organisation ?D’abord, j’ai tout fait moi-même : le costume et l’organisation du voyage. Je suis la caravane sur chaque étape, du début à la fin. En 2007 par exemple, j'ai été au départ à Londres. Mais j'ai manqué les étapes belges (2e et 3e étape). Je suis rentré sur Berlin en avion pour récupérer mon véhicule avec lequel je suis descendu sur la France. J’ai une camionnette qui me sert de camping-car. On peut la voir sur mon site Internet (www.tourteufel.de). Je traverse les routes de France avec… Je pars toujours la veille au soir et je me pose à un endroit pour attendre, le lendemain, le passage du peloton. Je suis obligé d’agir ainsi car les routes sont bloquées la journée.
Cette aventure a dû changer votre vie…Disons que j’ai une nouvelle vie maintenant. Beaucoup de journalistes m’appellent. Cela a commencé dès la première fois sur le Tour 1993. Lors de l’étape vers Andorre, le Colombien Olivero Rincon (vainqueur de l’étape) s’était échappé et je l’ai accompagné pendant quelques mètres dans l’ascension du col d’Ordino. Tout est parti de là… C’est le jour qui m’a fait connaître.
« Je dois me cacher pour acheter du pain »Comment vivez-vous cette renommée ?(Sourire) J’aime bien ! Mais je dois parfois me cacher. Quand je dois acheter du pain notamment, j’essaie de passer inaperçu sinon je ne sors plus. Tout le monde m’arrête et vient me parler.
C’est une vie de rock-star ?Oui, c’est exactement ça. Quand je vais chez le boucher et à la boulangerie, je dois faire des photos avec tout le monde et seulement après je peux poursuivre mon chemin.
Avez-vous des contacts avec des coureurs ?Oui. Chez moi, près de Berlin, j’ai un musée du vélo. On y trouve tout un tas de pièces de collection. Il y a désormais une course cycliste, « le chemin Jan Ulrich », dont l’arrivée est devant ce musée. Michael Rich, un coureur de la Gerolsteiner, était là notamment début juin. C’est trop difficile de parler avec les coureurs pendant le Tour, c’est très stressant pour eux. Mais après, j’ai parfois l’occasion. Ou pendant le Tour de Suisse, c’est plus tranquille… J’y serai aussi. J’ai aussi quelques contacts avec des coureurs étrangers, même les meilleurs. Dans les années 1990, il y avait notamment Nelson Rodriguez, un Colombien (16eme du Tour en 1994). Dès qu’on se voyait, il me saluait. On ne comprenait pas un seul mot de ce que l’autre disait mais on essayait de communiquer. C’était sympa. En 1995, je suis allé pendant dix jours aux championnats du monde sur route dans son pays. Une équipe de télévision locale m’a accompagné durant tout mon séjour. Mais c’était plus simple dans les années 1990. C’est très difficile aujourd’hui d’avoir des contacts avec les coureurs.
Beaucoup pensent que vous êtes italien, à cause de votre surnom…On pense tout et n’importe quoi. Certains ont même cru que j’étais norvégien ! Mais en général, on pense que je suis français (rire). Aujourd’hui encore. Et l’on s’étonne de me voir parler allemand…
« Je vis avec le strict minimum »Ces expéditions doivent vous coûter beaucoup d’argent ?Je vis avec le strict minimum quand je suis sur la route. J’emmène avec moi de quoi me nourrir pour que je n’aie aucune dépense à faire, exceptée l’essence. Et je voyage seul. Ma femme vient sur le Tour de Suisse car c’est plus calme mais en France, je suis tout seul.
Cyrille PAC, Sport 365, 16 juillet 2007